Description du Bombyx eri ou ver à soie

Habitat

De la famille des saturnidae, ce papillon de nuit se nomme Samia ricini (par Jones en 1791) ou Philosamia ricini) . C’est une variété domestique produisant plus de soie et ne volant pas. Une espèce très proche et sauvage est le  Samia cynthia (par Drury en 1773) ou Philosamia cynthia . On dénombre pas moins de 19 espèces de Samia.

Ils sont originaires de Chine et se rencontrent aussi au Japon (Philosamia cynthia pryeri), Malaisie, Thaïlande, Philippines et Inde. Importé en Europe, il a réussi à s’établir en France (région parisienne et Aquitaine), Autriche, Italie, Espagne, Paraguay, Australie (inventorié en 1907), côte Atlantique des Etats-Unis (Philosamia cynthia canningi). Il existe de nombreux hybrides et croisement (Samia ricini x Samia kohlii)

On notera qu’il a été introduit en France par l’entomologiste Guérin-Méneville en 1845 pour remplacer le Bombyx du mûrier (Bombyx mori) qui souffrait d’une maladie cryptogamique (la pébrine, Nosema bombycis qui est un champignon) suite à la densité en élevage. La soierie française des Cévennes ne s’en remettra pas étant aussi concurrencée par les fibres synthétiques comme le nylon.

Quelques informations:

La France a produit jusqu’à 26000 tonnes de cocons en 1856. Louis Pasteur a consacré 4 années a étudier les virus, bactéries et champignons qui affectaient le ver à soie.

Le mot Bombyx vient du grec « Bombux » qui signifie étymologiquement « ver à soie ». On notera au passage que beaucoup de papillons de nuit se nomment bombyx alors qu’ils ne produisent pas de soie.

Morphologie

C’est un des plus grand papillon avec une envergure de 15 cm. De couleur brune avec différentes teintes plus au moins claire, tirant parfois sur l’orange, les ailes ont une forme bien particulière.Il est reconnaissable parmi tous les papillons même s’il possède un cousin proche: l’Atlas (Attacus atlas) qui possède de beaux triangles blancs sur ses ailes. La forme générale des deux ailes est un trapèze traversé par deux bandes blanches verticales. Le bout des ailes rappelle la forme de croissant (C’est le surnom de ce papillon).
Ils ne volent que très peu (surtout la variété Samia ricini), la femelle reste posé attendant le mâle après son éclosion.

Différences sexuelles

Le mâle se distingue de la femelle avec un corps plus petit (2,5cm contre 3,5 pour la femelle). On peut aussi différencier les deux sexes par la forme des ailes. Le bord est plus arrondi chez la femelle. D’autres signes distinctifs sont les antennes; chez lesmâles, elles ont des soies latérales (ce sont des récepteurs à phéromones).

Cycle de vie

En élevage à l’intérieur, on obtient 4 à 6 générations par an soit un cycle de vie d’environ 2 mois et demi.
Dans la nature, en France, l’éclosion a lieu a la mi-Juin ne donnant qu’une à deux générations.

De la ponte à l’éclosion: 10 jours
Stade larvaire et mues:  35 à 40 jours (L1: 1 semaine, L2: 1 semaine, L3: 1 semaine, L4: 1 semaine, L5: 2 semaines)
De la chrysalide au papillon adulte: 15  à plus de 200 jours

Le papillon adulte est dépourvu de bouche et ne peut donc s’alimenter. Il vivra grâce aux réserves stockées par la chenille. Par conséquent, sa durée de vie est très courte: de l’ordre de 5 à 10 jours.

Plante hôte

La chenille du bombyx eri consomme à l’état naturel les feuilles d’un arbre nommé ailante (Ailanthus altissima) ou faux vernis..
C’est un arbre originaire de Chineque l’on trouve maintenant sur tous les continenets. Il peut mesurer jusqu’à 30 mètres de hauteur. Son tronc a une écorce grise et lisse et très filiforme, de croissance rapide. Il a été introduit pour son aspect décoratif et pour nourrir les vers à soie mais c’est aujourd’hui un arbre classé nuisible mettant en péril la forêt aux essences locales. Du fait de son développement rapide, son drageonnage très important et l’ombre qu’il procure, il prive de lumière, de nourriture et d’eau les jeunes pousses d’arbres autochtones. C’est un véritable « chiendent » dont il sera extrêmement difficile de s’en débarrasser. De plus ses nombreuses fleurs sont pollinisées par le vent et ses en forme d’hélice graines sont facilement disséminées.

Les feuilles sont composées de folioles alternes, gaufrées et lancéolées prenant une belle teinte jaune au printemps.

Quelques graines

Jeune arbre poussant dans une muraille.

Plantes de substitution

Le troène (Ligustrum)est la plante privilégiée pour l’élevage de ce bombyx car elle est disponible toute l’année et son feuillage coriace ne fane pas facilement.
On remarque sur la photo des graines presque violettes (En décembre dans le Sud-Ouest de la France). Cet arbre, au départ utilisé en plante de haies devient une plante sauvage, semée par les oiseaux.

Le ver à soie de l’ailante peut aussi bien consommer, du lilas, du saule, du prunier, laurier palme (ou cerise) , ricin, sumac et liquidambar. C’est une chenille polyphage. En élevage, on peut changer de nourriture à tout moment mais de façon progressive au risque d’avoir de gros taux de mortalité, les petites chenilles refusant de s’alimenter sur les nouvelles feuilles introduites.

Le nourrissoir en élevage

Tout petit pot muni d’un couvercle convient. Il est conseille de le prendre plus haut que large pour une meilleure stabilité des tiges de la plante nourricière. Au centre du couvercle, un trou a été percé en croix puis fermé a l’aide d’un ruban « micropore ». Les tiges seront passées au travers. Cette technique permet d’éviter que les toutes petites chenilles se noient dans l’eau! On peut aussi boucher cet orifice avec un morceau d’essuie-tout.

Important: il est préférable qu’une branche soit recourbée et touche le sol car il arrive que quelques chenilles tombent et alors mourront ne pouvant remonter.

Les éleveurs professionnels ne s’encombrent pas d’un contenant avec de l’eau. Ils donnent des feuilles fraîches tous les jours à même le sol.

Remarques:
Les feuilles peuvent abriter fourmis et araignées. Il est donc préférable de les laver avant. Ca a aussi l’avantage de faire monter l’hygrométrie de la cage.

On apporte les feuilles le matin. En effet, les chenilles les consomment en majarrité la nuit

L’élevage du bombyx

Introduction

C’est un des papillons les plus faciles à reproduire en captivité pour:

  • sa facilité de maintenance
  • la diversité des végétaux consommés
  • son adaptabilité aux conditions de températures et hygrométrie
  • sa capacité à s’accoupler immédiatement
  • le nombre de générations engendrées en une année
  • la résistance aux maladies de la chenille
  • le non besoin de nourrir les papillons adultes

Il est donc naturellement plébiscité par les enseignants souhaitant réaliser un élevage d’insectes en classe  de maternelle ou cours élémentaire.

La cage

Ce papillon ne volant pas ou peu, n’a besoin que de peu d’espace. N’importe quel vivarium, volière ou boîte conviendra. La seule règle à respecter est l’hygiène et l’aération. Pour notre élevage, nous utilisons le modèle de volière 40x40x60 qui permet de mettre des branches suffisamment grandes.

L’accouplement

Dès la naissance des papillons des couples se forment. La femelle reste accrochée à son cocon et dans la nuit, un mâle viendra la rejoindre pour s’accoupler. Ils peuvent rester accouplés pendant plusieurs heures voire même une journée entière.

La ponte

Une femelle peut à elle seule pondre 300 œufs. Il sont de couleur crème à jaune suivant les espèces. Ils sont déposés en paquet.
N’étant pas très collants, ils se déplacent aisément à l’aide d’un pinceau.

Les oeufs

De couleur blanc crème il vireront au blanc bleuâtre juste avant l’éclosion.

L’éclosoir à oeufs

En élevage, on récolte les oeufs pour les mettre à éclore dans un petit récipient du style gobelet transparent en plastique.

  • Au fond de celui-ci, on dispose plusieurs couches de papier absorbant
  • Afin de maintenir une humidité constante, on vaporise.
  • On y place ensuite une jeune feuille de laurier palme ou de troène
  • On y dépose enfin les œufs.
  • On coiffe d’un papier et ferme avec un couvercle percé (vous remarquerez les 2 trous sur la photo) .

Remarques: suivant la taille du contenant, on place de 30 à 50 œufs par éclosoir. La durée d’incubation dure entre 10 et 15 jours suivant la température.

La chenille

Elle évolue en 5 stades différents que l’on nommera L1, L2, L3, L4 et L5.

Voici une mue restée accrochée à une branche. Contrairement à d’autres variétés de papillon, elle ne la mange pas.

A la naissance, la chenille est tout d’abord de coloration verdâtre avec une grosse tête noire ne mesurant que 3 ou 4 millimètres. Elle ne mange pas aussitôt la feuille car elle consomme en premier le chorion. Ensuite, au stade L2, elle jaunit en se parant de points noirs. A la mue suivante, elle devient blanche pour enfin devenir jaune pâle en fin de cycle. Dès que la chenille passe au stade L4 , elle perd la coloration noire de la tête. Au stade L5, elle peut prendre quelques colorations bleues sur tout le corps à la racine des scoli. Dès qu’elle est prête à former son cocon,elle consomme énormément, s’agite dans tout les sens ete expulsera en grande quantité de la matière fécale.

La température idéale pour leur développement est de 25°C. L’hiver, lorsqu’il ne fait que 20°C, cela ne pose aucun problème mais le cycle de vie n’en sera que plus long.

Peux-ton manipuler les chenilles à la main?

Même si les chenilles ne sont pas dangereuses (elles ne pincent pas et ne sont pas urticantes), il n’est pas conseillé de les prendre à la main. En effet, elles ont de forts crampons et on risquerait de les blesser. D’autre part, les mains de l’homme sont souvent porteuses de germes et risqueraient de contaminer l’élevage. Il arrive aussi parfois qu’une chenille soit stressée et meurt; c’est le cas lorsqu’elle est prête à muer.
Il est donc préférable de la laisser tranquille. On peut tout de même la prendre lorsqu’elle est est sur une tige pour par exemple la photographier.

Taille réelle: 10mm

Taille réelle: 20mm. La chenille a mué.

Taille réelle: 30mm. 3ème stade de l’état larvaire. On remarque beaucoup de points noirs transversaux car il sagit ici d’un croisement. Sur la variété pure de Samia ricini les points sont bien alignés et ne sont disposés que sur une seule rangée.

Taille réelle: 40mm. 4ème stade de l’état larvaire. On commence à voir apparaître une coloration bleue. Cette chenille prépare sa mue, elle est accrochée (à droite).

Taille réelle: 50mm. 5ème stade de l’état larvaire. La coloration bleue est bien plus marquée.

Le cocon

Formé de soie, il est tissé entre deux feuilles et mesure 5-6cm de long pour un diamètre de 1,5cm. Dans la nature, il reste ainsi pendu pendant tout l’hiver. C’est à ce stade qu’il est prélever pour fabriquer de la soie. Elle et de moins bonne qualité et de couleur moins blanche que celui du ver à soie le bombyx du mûrier (Bombyx mori).

Une vidéo d’un élevage de Samia ricini à l’université de Bangkok

La chrysalide de Samia ricini comme aliment

Photo: © Daniel Ambühl

De nos jours, la planète manque de protéines. Une des solutions consisterait à consommer des insectes qui transforment beaucoup plus rapidement le végétal que les mammifères ou poisson que nous mangeons. Mais il faudra changer les habitudes alimentaires.

En Thaïlande, une fois la soie extraite, les chrysalide sont séchées et grillées et vendu comme snacks apéritifs.

Les parasites et ennemis du bombyx

De minuscules guêpes plus petites qu’une tête d’épingle, de la famille des Trichogramma, peuvent pondre dans les œufs et les détruire. Ces petites guêpes sont d’ailleurs élevés pour mener des luttes biologiques contre les papillons. En élevage, il faudra donc protéger les œufs de ces petits insectes en les disposant dans des récipients fermés mais ventilés

A l’état larvaire et adulte, les plus gros prédateurs sont les oiseaux.

Bibliographie

Livre

A Revision of the Silkmoth Genus Samia – by Richard Steven Peigler and Stefan Nauman – Univ. of the Incarnate Word – 2003 – ISBN: 9780972826600

Les 19 variétés de Samia y sont décrites:

(1) Samia cynthia (Drury)
(2) Samia wangi Naumann & Peigler
(3) Samia Pryeri (Butler)
(4) Samia canningi (Hutton)
(5) Samia ricini (Anonymous)
(6) Samia fulva Jordan
(7) Samia kohlli Naumann & Peigler
(8) Samia peigleri Naumann & Nassig
(9) Samia insularis (Snellen van Vollenhoven)
(10) Samia abrerai Naumann & Peigler
(11) Samia yayukae Paukstadt, Peigler & Paukstadt
(12) Samia vandenberghi (Watson)
(13) Samia naumanni Paukstadt, Peigler & Paukstadt
(14) Samia ceramensis (Bouvier)
(15) Samia naessigi Naumann & Peigler
(16) Samia tetrica (Rebel)
(17) Samia treadawayi naumann
(18) Samia luzonica (Watson)
(19) Samia watsoni (Oberthur)

Sur le web

Article de Jacques d’Aguilar à lire Pasteur et le ver à soie.

La chaîne youtube de Skyfood – Edible Insects – Daniel Ambühl

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